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Le moussem de Tan-Tan, une renaissance !

Moussem de Tan-Tan

Le Moussem de Tan-Tan

31 tribus représentant les provinces du Sud du Maroc ont perpétué la tradition entre 1963 et 1979 et sont aujourd’hui derrière la renaissance du Moussem de Tan-Tan.

 

Proclamé chef-d’œuvre du Patrimoine Oral et Immatériel de l’Humanité par l’UNESCO en 2005, ce moussem revêt trois dimensions :

 

-  une dimension sociale, qui se manifeste dans la valeur primordiale qu’est l’échange dans la société nomade. L’échange est, ici, pris dans son acception la plus large, et concerne les productions matérielles et immatérielles : échange de produits agro-pastoraux (cheptel, produits de culture) ; échange matrimonial (mariages et alliances) ; échange de savoirs et savoir-faire (météorologiques, culturels, artisanaux, médicinaux, ludiques…) ; échange littéraire (poésie, récits, légendes, énigmes, contes, chants, danses de la guedra, du poignard, etc.). C’est aussi un moment de retrouvailles des nomades et anciens nomades sédentarisés autour de mets traditionnels, remettant ainsi au goût du jour l’art culinaire sahraoui.

 

-  une dimension symbolique : le moussem est une manifestation antinomique de l’état d’insécurité qui marquait parfois les relations intertribales. C’est un moment exceptionnel dans la vie des individus et des groupes, un rendez-vous annuel de rencontre des membres de tribus occupant un territoire immense avec une densité faible. Il fait régner la fraternité, il scelle la paix, il célèbre la différence etla diversité. Même ennemis d’hier, on s’y retrouve le temps de savourer le partage, conscients des mille et une « micro-différences » qui caractérisent modes de vie, de conduite des troupeaux, d’habillement, de coiffure, de parure, de cuisine, de chant, de danse. Le moussem a aussi valeur de repère pour dater les évènements historiques tels que mariages, réconciliations, contrats, transactions.

 

-  une dimension culturelle : jadis occasion de perpétuer, de renforcer la culture pastorale, il est aujourd’hui un moyen de permettre la sauvegarde d’un héritage culturel matériel et immatériel autrement condamné à disparaître. Outre les échanges précités, d’autres formes d’échanges, plus spécifiquement immatériels, caractérisent ce moussem. Les poètes viennent présenter leur production qui relate les évènements marquants de l’année écoulée, autrefois relatifs à la vie locale et régionale, aujourd’hui touchant de près l’actualité, jusqu’aux évènements internationaux relayés par les médias. A l’instar de la poésie arabe classique, la poésie hassanie des bédouins a traité tous les thèmes tels que l’éloge, l’élégie, la satire, le souvenir, le conseil, l’héroïsme et l’amour. Ces échanges mettent en valeur d’autres formes de la littérature orale (contes et proverbes sources de sagesse, légendes, devinettes divertissantes dites zargat, joutes verbales…). Les proverbes transmettent de génération en génération des leçons de morale issues principalement d’histoires véridiques et d’expériences individuelles et collectives. Pour toutes ces formes d’expression, prose ou poésie, le dénominateur commun est la langue hassanie, une variante de l’arabe classique comprenant un important lexique d’origine amazighe (berbère). En l’absence d’une tradition scripturaire importante, la mémorisation a joué et joue encore un rôle déterminant dans la création et la transmission de ces formes littéraires. L’échange touche également la production matérielle (autrement dit l’artisanat) de l’année, qui émane d’un savoir-faire dans le travail du bois, du cuir, des métaux, de la laine, du poil, etc. Par ailleurs, depuis l’introduction de l’islam, les zaouïas (confréries détentrices du savoir religieux) dressent leurs tentes, dans lesquelles les mrabtia (savants en matière religieuse) rendent des fatwas sur des questions pratiques qui leur sont posées. Ils prescrivent des remèdes sous forme d’amulettes ou de breuvages aux patients. Ils sont traditionnellement à la disposition de ceux d’entre les nomades qui désirent recruter un taleb (imam) qui sera pris en charge par le campement pour la conduite de la prière et l’enseignement des rudiments de l’islam aux enfants. Le moussem, enfin, donne lieu à des activités récréatives, qu’il s’agisse de la musique, du chant ou du jeu.

 

Le moussem de Tan Tan met particulièrement en valeur les éléments suivants :

-  La khaïma (tente noire en poil de chèvre ou chèvre et chameau), dont le tissage est l’œuvre partagée de la maîtresse de maison et de ses voisines du frig (campement, ensemble de familles regroupées au même endroit). Elle est composée de 10 à 20 bandes de 80 cm de large et de longueur variable dites flij, tissées l’une après l’autre puis cousues les unes aux autres pour former la tente.

Kaima

Tentes berbères : les kaïmas

La khaïma a souvent été un centre d’intérêt pour les poètes Hassanis car elle constitue un abri qui protège la culture orale des nomades et un lieu où l’on maintient l’essence même des valeurs et des traditions spécifiques des nomades du désert. La khaïma consacre l’étendue de l’espace et s’ouvre non seulement sur le désert mais aussi sur le ciel. Elle inspire l’ouverture de l’esprit, stimule le besoin de liberté et favorise la méditation et la créativité.

-  Le chameau (moyen de transport, source de lait et de viande). Signe de richesse et d’aisance, navire du désert, le chameau joue un rôle crucial dans la vie des nomades. Il permet les échanges commerciaux, sous forme de troc, qui s’opèrent à travers les rencontres des caravanes qui viennent du Sud chargés de sel, de poils, de crin de chameau et celles en provenance du Nord chargés d’habits, de céréales, d’huiles, de dattes, de thé, de sucre et de tapis.

Le chameau, plaque tournante de la vie nomade, assure aux communautés bédouines la possibilité de nouer des relations économiques, sociales et culturelles. C’est pour cela qu’il a lui aussi toujours été un centre d’intérêt pour les poètes.

Le chameau est connu pour sa patience et son endurance ; il a de tout temps atténué les souffrances des éleveurs nomades et facilité leur difficile intégration aux milieux aride et semi-aride. Il transporte femmes, enfants et biens sur de longues distances à la recherche de points d’eau et de pâturages.

Deux autres raisons expliquent la place prépondérante occupée par le chameau dans la culture nomade : le lait de chamelle était à l’origine la seule source d’apport en calcium et en lipides ; sa viande était l’unique apport en protéines.

Le chameau a au moins dix noms (Lahouar, Benlboun, Lhag, Jdaa, Atni, Rbaai, Sdassi, Labair, Amkhaoul, Azouzal), qu’il porte en fonction de son âge et de ses qualités physiques.

Le Moussem de Tan-Tan est un moyen d’intensifier la concurrence entre les nomades pour présenter ce qu’ils ont de meilleur aux concours d’élevage, courses et exhibitions des chameaux et pour améliorer les équipements nécessaires à cet animal précieux. Il est aussi l’occasion de renouveler les effectifs des chameaux, les harnachements et les costumes des chameliers.

-  Le cheval, signe de distinction sociale chez les nomades. On le retrouve uniquement chez les familles aisées. Il joue le même rôle que le chameau et exalte les qualités et les capacités matérielles et guerrières d’une tribu.

A chaque moussem, les tribus font un effort particulier pour acheter des chevaux et renouveler leurs harnachements en vue de former une ou plusieurs troupes homogènes appelés Saga ou Sarba.

Les cavaliers, vêtus de leur draa bleues ou blanches et de burnous et chèches noirs, armés de fusils artisanaux, présentent le meilleur d’eux-mêmes pour attirer les faveurs des tribus et les youyous des femmes. La tribu méritante est celle qui aura présenté les meilleurs chevaux, les meilleurs habits et qui aura pu synchroniser ses salves de poudre au cours des compétitions.

L’événement clef du moussem est la fantasia. Montés sur des chevaux barbe (croisement du pur-sang arabe et d’un cheval des berbères d’Afrique du Nord) richement harnachés, les cavaliers vêtus de burnous miment les traditions guerrières d’antan. Le point culminant est atteint lorsque les mokahla (long fusil mauresque) crachent leurs salves en un ensemble le plus parfait possible. Deux mille ans de charges héroïques contre les invasions vandales, romaines, espagnoles, portugaises ou françaises sont évoqués.

 

fantasia

Fantasia au Moussem de Tan-Tan

Encore deux précisions :

-  Musique : les instruments de musique sont initialement très spécifiques, mais ils ont été diversifiés et enrichis grâce aux rapports que les bédouins ont eus avec leurs voisins. La musique hassanie reflète les préoccupations matérielles, spirituelles, culturelles, amoureuses et existentielles de l’artiste.

-  Médecine : le moussem est un point de rencontre des guérisseurs et de médecins traditionnels sahraouis pour échanger leurs expériences et savoir-faire. De même, les patients s’y retrouvent pour consulter un toubib.

La médecine traditionnelle est pratiquée par des médecins professionnels ou amateurs qui font usage de plantes, herbes et animaux et qui concoctent des préparations médicamenteuses. On peut distinguer deux types de médecine traditionnelle : naturelle et surnaturelle.

Parmi les maladies les plus fréquentes au Sahara figure aguendi, affection causée par la consommation de produits aigres ou trop sales. Ses symptômes sont en général l’apparition d’une enflure au niveau du visage ou autre organe, apathie, vertige, fièvre, diminution de l’acuité auditive, etc.

* Liste des 31 tribus du maroc du Sud : Aït Lahcen Yagout, Aït Oussa, Ezzerguiyn, Rguibat, Aït Baamrane, Ahl Cheikh Malainine, Filala, Oulad Bouaita, Aït Yassine, Aït Moussa Ouali, Torkoz, Ouald Bousbaa,  Lafouikat, Chraga (Daoui Mnia, Mhamid, Oulad Idriss), Oulad Dlim, Laroussiyin, Tajakante, Lamyar, Mejjat, Rhamna du Sud, Chenagla, Sraghna, Aarib, Oulad Jellal, Doublale, Oulad Tidrarine, Toubalte, Brabiche, Aït Nass

 

Isabelle de Balathier

L'auteur : Isabelle de Balathier

Française, bourguignonne d’origine, traductrice et secrétaire de direction de formation, Isabelle de Balathier a longtemps vécu en région parisienne, où elle a travaillé pendant plus de trente ans. Pour s’ouvrir à d’autres univers, elle privilégie le voyage et la rencontre de l’autre, fixant ses souvenirs sur la pellicule (elle utilise encore de préférence l’argentique). Dès que l’opportunité lui en est donnée, elle parcourt donc le monde.

Ayant décidé d’abandonner cette vie pour se consacrer à des projets professionnels différents, elle s’est installée dans le Souss afin d’aller plus loin dans la découverte des Marocains et du Maroc, pays qu’elle sillonne depuis bientôt vingt ans.

Chroniqueuse photographique de la vie ordinaire, elle trouve de la beauté et de l’art dans ce qui l’entoure et les objets de la vie courante, du quotidien. Elle aime à capturer l’instant plutôt qu’à l’embellir.

Elle a toujours à l’esprit l’idée de rapporter des images qui racontent des histoires. Des scènes de vies souvent construites comme un plan de cinéma contenant un mouvement, un regard, une direction à suivre… Des images où les seconds plans sont rarement anodins.

Sans s’imposer de réelle thématique, elle souhaite rester libre, spontanée et authentique dans la composition de son travail.

Après une exposition à l’Institut Français début 2010 (Inde/Maroc, Regards Croisés), cette photographe autodidacte, qui s’est formée au contact de professionnels et construit son travail sur la proximité et l’échange en plaçant l’humain au centre de ses préoccupations, souhaite vous présenter quelques-unes des multiples facettes de ce Maroc cher à son cœur – et plus particulièrement du sud. Elle vous invite à vous laisser envahir par les émotions que font naître, par le biais de l’image, ses habitants, ses paysages, son artisanat, ses couleurs, sa flore…

Elle est à votre disposition au 06 78 74 22 27 (GSM marocain) pour toute commande de photos plus insolites ou moins ‘contemplatives’, ainsi que pour tout échange de points de vue sur l’art de la prise de vue, le voyage ou le Maroc.
Elle gère aussi une galerie à Agadir : L’ECHAPPEE BELLE, ETAPE BERBERE 

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A propos de l'auteur

Fondateur de Afkarweb Web Design Maroc Fondateur et webmaster de Ecotourisme au Maroc

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